12 septembre 2006

Où situer le minimum ?

Minimum vieillesse, salaire minimum... La notion de minimum pour une vie décente est discutée et est l'objet de nombreuses polémiques dans nos sociétés occidentales. En ces temps de pré-campagne présidentielle, les discussions autour d'une revalorisation d'une prime pour l'emploi, du SMIC vont bon train, avec leurs aficionados et leurs détracteurs. Peu importe, en réalité.

Il y a fort à parier qu'une augmentation du SMIC va provoquer de l'inflation, la hausse des prix annulant de fait le gain de pouvoir d'achat pour les ménages concernés. Il est donc temps de se tourner vers des solutions non monétaires pour atteindre l'objectif : assurer le minimum pour tous. Pour ma part, j'estime que le minimum pour un ménage c'est la santé, la scolarité, le logement et une alimentation correcte. C'est le minimum décent qu'une société aussi riche et prétendument civilisée comme la nôtre peut assurément donner à tous. Et pour contourner les problèmes liés à l'inflation, et optimiser au mieux l'aide, pourquoi ne pas adopter un système de bons, échangeables contre de la nourriture, des vêtements ? Bien sûr, celui-ci ne doit pas indiquer un montant, mais un bien de consommation. Par exemple "Bon pour 1 kg de riz".

Ce système aurait pour avantage de freiner la hausse du prix des biens en question, puisque ces prix ne seront plus dopés par les hausses des revenus minimum, et l'Etat, qui devra payer pour la marchandise n'aura pas d'intérêt à laisser grimper ces prix. Enfin, ce type d'aide va réduire le problème dit des "trappes d'inactivité", qui sont le désintéressement du chômeur à travailler, car son revenu, alimenté par des aides en monnaie a tendance à stagner, voire à diminuer lorsqu'il commence à travailler. Une aide non monétaire pourrait également renforcer la valeur travail.

Les biens dits essentiels à l'individu ne devraient pas faire partie de ce qu'on appelle la consommation, puisqu'il s'agit de biens vitaux. De ce fait, ils ne devraient pas être frappés de TVA, ni être considérés comme des biens de consommation, comme le seraient des téléphones portables ou des téléviseurs. De ce fait, leur prix, leur production et leur distribution devraient être plus strictement régulés par l'Etat.

Je ne suis pas un grand fan de la théorie de Karl Marx, mais je pense qu'il a raison sur au moins un point : le capitalisme est amené à s'auto-détruire. À une époque où le pouvoir d'achat des français est faible, dans une société de consommation toujours si influente, les individus parviennent de moins en moins à "suivre" cette société de la dépense et du jetable, avide de flexibilité et de productivité.

C'est un décalage très net qui apparaît, entre des fabricants désireux de faire consommer toujours plus, et des ménages qui ont toujours plus de mal à joindre les deux bouts. Le risque de voir ces gens se tourner vers des voies alternatives à la consommation pour leur vie quotidienne, renforcé par l'actuel choc pétrolier qui rend les déplacements toujours plus coûteux se fait de plus en plus sentir.

Où allons-nous ?

C'est une question à laquelle toute personne s'interrogeant sur notre société capitaliste tente de répondre. La réponse pourrait être : nulle part.
Le premier objectif mené par les acteurs du capitalisme est l'efficacité ; raccourcir le temps passé à se transporter, à accomplir les tâches nécessaires à la production, et probablement le temps passé à tout, afin de gagner du temps.
Certains espèrent consacrer ce temps fraîchement gagné à davantage de loisir, tandis que d'autres estimeront que ce temps gagné devra être "réinvesti" dans l'activité productive pour accroître la production.

Autre aspect de l'efficacité productive : les fusions. Les entreprises se rassemblent, fusionnent dans de nombreux secteurs pour gagner en concurrence. On ne peut que citer le très actuel projet de fusion Gaz de France-Suez, qui fait couler beaucoup d'encre, ou encore la fusion TPS-CanalSat.
Il se produit ainsi chaque année des milliers de fusions, dont le but principal est de gagner en efficacité. Efficacité là aussi réinvestie en production, afin de maintenir sa compétitivité.

Quelle peut être la conséquence d'un tel raisonnement qu'on pourrait qualifier de court terme (il ne s'agit que d'améliorer l'efficacité pour l'année ou les 5 ans à venir) ? À terme, une diminution du nombre d'acteurs en concurrence dans un même secteur, et donc un choix de plus en plus limité et biaisé pour le consommateur. En réalité, on pourrait se retrouver dans une situation de monopole/oligopole privé, qui peut rappeler le communisme : un seul producteur dans un secteur donné. Malheureusement pour nous, ça ne sera pas l'Etat, mais un décideur privé qui fixera le prix en tenant compte exclusivement de son intérêt privé.

Le chemin vers l'efficacité est par nature infini. La quête de cette dernière est vaine, car elle n'apporte aucun gain de bien-être pour tout un chacun. Cette quête n'a jusqu'à présent apporté qu'un surcroît de stress et d'incertitude (flexibilité oblige) pour une large part de la population.
Préférons une efficacité sociale, qui sera plus productive : des salariés en bonne santé, logés, nourris et vêtus correctement, qui sont respectés par leur employeurs seront davantage disposés à concentrer leur énergie et leur passion dans leur travail, intéressant ou non.

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