25 mars 2006

Eau, électricité privatisés : c'est anti-libéral !

Le sujet est plus que d'actualité en ce moment, avec le rapprochement Suez-Gaz De France, qui devrait aboutir à une fusion des deux groupes, pour donner le nouveau géant mondial de l'énergie.
Phrase maintes et maintes fois entendue à chaque fusion...
Ici, il se trouve que pour que la fusion s'opère, il faudra passer par une privatisation de Gaz de France, privatisation qu'on va encore considérer comme une mesure libérale. Il n'en est rien !

La théorie libérale quant aux privatisations d'entreprises publiques (ou monopoles régulés) est très claire : une activité de réseau, produisant un bien public doit être prise en charge par l'Etat, car, du fait de rendements d'échelle croissants, on ne peut espérer de concurrence sur ce type de marché.
En clair : les industries de réseau concernent toutes les activités qui reposent sur une infrastructure coûteuse à mettre en placee, et ce préalablement à toute production. Il s'agit par exemple d'un réseau de chemin de fer, indispensable pour délivrer un service de transport ferroviaire, ou encore de lignes électriques pour fournir de l'électricité.
Ce type d'infrastructure est extrêmement coûteux à déployer. Ce coût, appelé coût fixe, est le "ticket d'entrée" pour entrer sur le marché et offrir des services de transport, d'électricité, ou d'eau.
Ainsi, il est très difficile pour une entreprise d'entrer librement sur ce type de marché, car la mise de départ est importante, et il faut délivrer ce service en grandes quantités pour que l'activité soit rentable.
Sachant cela, si ce marché est parfaitement libre, qui va y entrer pour produire ? Peu, très peu d'entreprises. En réalité, on considère que ce type de marché est propice à l'émergence d'un "monopole naturel". Cela signife que la loi du marché, qui d'ordinaire devrait privilégier un grand nombre d'entreprise et une concurrence acharnée sur un marché, va ici plutôt favoriser une ou deux très grandes entreprises, pour produire une grosse quantité du service, afin de pouvoir financer les coûts fixes.
Une entreprise privée, seule sur son marché, y aura un très grand pouvoir et sera tentée de maximiser son profit, au dépens de consommateurs n'ayant pas d'autre choix.

C'est pour cette raison qu'après la guerre, il sera décidé que ces biens et services seront produits par des monopoles d'état.

Pourquoi des monopoles publics ?

Une entreprise publique n'a pas, dans ses statuts, l'objectif de réaliser du profit, mais bien d'assurer un service de qualité, et accessible à tous. Nous voyons donc des entreprises publiques, telles la SNCF, EDF-GDF, la Compagnie Générale des Eaux, s'occuper de ces biens un peu spéciaux, mais surtout, absolument essentiels à la vie de millions de français, et à la prospérité de millions d'entreprises.
De plus, seul un bailleur de fonds comme l'Etat aura la crédibilité et les moyens suffisants pour investir dans des activités aussi coûteuses.
La notion de rendements croissants signifie que les premières unités du bien (le premier kilowatt/heure, le premier litre d'eau) sont les plus coûteuses à produire, puisque leur prix doit tenir compte de leur extraction, mais aussi du coût d'investissement et d'entretien du réseau. Puis, ce coût va en diminuant car les coûts fixes (les investissements) n'augmentent pas proportionnellement à la production.
Seule une entreprise publique peut proposer un service à un coût relativement faible, du fait qu'il n'y a pas d'actionnaires à rémunérer, et pas de tentations, ni de pressions au profit, car contrôlée par l'Etat, qui doit veiller à l'accessibilité du bien à tous.
Ce type de bien est d'ailleurs souvent considéré par les économistes comme des biens "semi-publics".

Aujourd'hui... ?

Aujourd'hui, on considère que les investissements réalisés voilà déjà un certain temps ont été rentabilisés (les autoroutes, les centrales électriques...), et que désormais le secteur privé peut s'en charger, car la part des coûts fixes dans chaque unité produite est désormais quasi-nulle. On a ainsi privatisé la Générale des Eaux, France Télécom, EDF, les sociétés d'autoroute et sans doute bientôt GDF.
Voilà donc des biens absolument essentiels, voire vitaux, ou stratégiques pour l'Etat seront désormais contrôlés par des intérêts privés, dont on l'a vu plus d'une fois dans l'actualité, concordent rarement avec l'intérêt collectif.
Les parties non rentables ont bien sûr été laissées à l'Etat, on appelle cela la privatisation des profits et la nationalisation des pertes. En gros, le revenu de l'activité sera pour le privé, tandis que son coût sera toujours payé par l'Etat, qui est... nous.

Plus de coûts fixes ?

Les coûts fixes, les investissements auraient-ils été réglés pour toujours ? Il semblerait que oui. Il semble peu évident qu'une entreprise privée renouvelle trop souvent son infrastructure, préférant la rentabiliser au maximum. Ce n'est pas une critique, c'est parfaitement normal pour une entreprise privée.
Si on regarde ce qu'a donné avec du recul une privatisation de ce type, on peut regarder les USA, pays dans lequel aucun investissement important n'a été réalisé dans les unités de production électriques depuis les années 60 (tiens, la période à laquelle la production électrique a été privatisée...). On a donc des centrale thermiques d'un autre âge, qui continuent à remplir leur office, avec plus ou moins de succès (exemple, le black-out de plusieurs jours de tout le Nord-Est américain).

Ou alors, les pressions les plus odieuses de la part de ceux qui détiennent un pouvoir important désormais : l'opérateur électrique de Los Angeles qui vend à la ville l'électricité, et qui a voulu faire augmenter fortement ses tarifs. La ville devait payer, ou bien le courant était coupé. La ville a refusé de payer, vous devinez la suite... La ville dans le noir pendant 3 jours, des milliards de dollars de pillages et de marchandises perdues. La mairie a dû s'incliner.

Quant au nucléaire, la durée de vie des installations qu'on sera tenté de prolonger pour rallonger l'exploitation des centrales nucléaires... Je ne préfère pas y penser.

Donc... ?

L'efficacité de la production par l'Etat ou par le privé est un débat essentiellement idéologique. En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'aucune théorie libérale ne préconise la privatisation de secteurs de réseau à monopole naturel de type électricité, eau, gaz ou autre.
La privatisation est ici un moyen politique, une économie dérisoire en regard des conséquences pour raccomoder un mauvais budget, ou pire, des "relations" dans les entreprises privées qui aimeraient élargir leur activité sur des marchés jusque là protégés.
Une renationalisation des marchés de l'électricité, de l'eau, du gaz et même du pétrole serait souhaitable, pour fournir un bien de qualité à tous et au prix juste. Pour que l'Etat garde le contrôle sur la disponibilité de ces ressources en cas de crise, et le maintien d'une innovation constante et rapide pour surmonter les enjeux écologiques et climatiques souvent entraînés par ces activités.

1 Comments:

Blogger kevintheobold21456492 said...

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